Percer les secrets du Cœur

Article paru dans les Nouvelles Calédoniennes, le 08/13/2013


«C’est elle, Mlle Mangrove », lance Frédéric, technicien de l’IRD, en présentant Audrey Léopold, jeune docteure qui étudie la capacité de la mangrove du Cœur de Voh à piéger le CO2. L’équipe composée de chercheurs de l’UNC et de l’IRD, d’un technicien de KNS et d’un bénévole bien connu ici, Jacques Loquet, s’apprête à transporter le matériel sur place. Plusieurs allers-retours sont à prévoir à bord de la petite embarcation à travers les artères qui sillonnent le secteur. D’autant que c’est à bout de bras, enfoncée dans la boue, que l’équipe transporte les sondes, la plate-forme, la plaque d’énergie solaire et tout le reste, pour débuter l’assemblage de la station. Tout doit être fonctionnel en deux jours.

Première. « L’objectif de cette station est d’avoir un maximum de données sur ce milieu de vie, situé entre terre et mer, qui est dans une zone sensible puisqu’elle subit les effets anthropiques du développement urbain », explique Audrey Léopold. L’idéal serait de récolter les données sur plusieurs mois, afin de comparer les changements qui s’opèrent au fil des saisons. Bien entretenu, l’équipement pourrait rester en place une quinzaine d’années. Coût du projet sur deux ans : 30 millions, financés en grande partie par le minier Xstrata. Ce n’est pas la première fois que la mangrove est observée de près. Une opération similaire a eu lieu à La Foa en 2011 et c’est précisément à ce moment que le projet de la station du Cœur de Voh a pris forme. Pour l’heure, la mangrove renferme encore beaucoup de secrets. L’un d’eux au Cœur de Voh est l’apparition depuis quelques années de palétuviers au centre de la forme. Selon les chercheurs, la pollution, ou les activités humaines, n’en serait pas la cause, mais il existe bel et bien un cycle dans lequel ces plantes poussent, vivent et meurent. Cette évolution laisse croire qu’elle serait due au réchauffement climatique, mais rien n’a encore été prouvé. Des carottes seront ainsi prélevées afin de voir la composition du sol, et ainsi comprendre ce phénomène.

Décomposition. Zone de reproduction pour la faune, source d’alimentation pour l’homme, mais aussi rempart pour la côte, la mangrove absorberait plus de CO2 que la forêt amazonienne. « Cela s’explique par la décomposition qui se fait plus lentement. Comme il y a de l’eau, le CO2 reste dans le sol plus longtemps », précise-t-elle. Aussi la mangrove sert de filtre naturel du lagon et limite la présence de polluants, comme les métaux. Membre actif du Comité environnemental Koniambo (CEK), Jacques Loquet collabore étroitement avec les scientifiques pour la mise en place des installations. Aujourd’hui, c’est le guide de la bande : « C’est maintenant que nous devons collecter les données sur la mangrove du Cœur de Voh. C’est un milieu sensible et pour la protéger, nous pourrons réagir en toute connaissance de cause », dit-il. « La mangrove d’ici est magnifique », s’exclame la bio-géo-chimiste, prête à y passer deux années d’observation. « Petite, quand j’ai vu la photo du Cœur de Voh, je ne savais pas ce que c’était, mais ça m’a marquée. Et maintenant, pouvoir voir le site d’aussi près et le faire découvrir aux autres, c’est merveilleux », confie-t-elle.

Questions à... Cyril Marchand, chercheur à l’IRD

« 25 espèces en Calédonie »

 

Les Nouvelles calédoniennes : Existe-t-il un dispositif de recherche identique ailleurs ?
Cyril Marchand : Non, il n’existe aucune unité de recherche spécifique à la mangrove. Pourtant, la France, à travers ses territoires, compte la plus grande superficie de mangrove au monde ! Nous avons créé un observatoire international de la mangrove pour tisser des liens entre les chercheurs de l’Asie-Pacifique. L’objectif étant de former des étudiants, d’avoir des structures d’accueil pour faire venir des scientifiques et de comparer la mangrove d’ici, de la Nouvelle-Zélande et du Vietnam avec la même instrumentation. Nous irons en Nouvelle-Zélande en septembre et plus tard au Vietnam pour rencontrer les chercheurs.

Est-ce que l’on retrouve la même espèce de mangrove dans les trois pays ?
Non. À Auckland, on ne compte qu’une seule espèce, c’est la plus au sud et elle se trouve dans une zone tempérée. Alors que celle que l’on peut observer au Vietnam est dans un milieu humide. C’est donc intéressant de pouvoir les comparer. Ici, en Nouvelle-Calédonie, nous comptons près de 25 espèces sur les 60 répertoriées dans le monde.

Avez-vous d’autres stations de mesures en Nouvelle-Calédonie ?
Nous avons une station ici, une dans la baie de Vavouto pour mesurer les métaux et nous avons aussi une expérimentation en serre au Mont-Dore. Le but est de mesurer les effets du changement climatique sur la mangrove. Ces recherches sont possibles grâce au financement de nos partenaires, les provinces, L’IRD, UNC, KNS, Vale, Glencore Xstrata et Air Liquide.


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